Pour la panthéonisation d’Olympe de Gouges et de Solitude

Les Soeurs de Solitude, par Arlette Gautier

Posted by Christine sur mars 6, 2007

Extrait d’Arlette Gautier, Les soeurs de Solitude. La condition féminine dans l’esclavage aux Antilles françaises du XVIIe au XIXe siècle, Paris, éditions caribéennes, 1985.  

FEMMES EN LUTTE   VIVRE LIBRE OU MOURIR (p.238) 

Les luttes armées de la fin du XVIIIe siècle en Guadeloupe et à Saint-Domingue ont donné lieu à de nombreux mémoires où l’on peut examiner le rôle des femmes esclaves. 

       Hommes et femmes insurgés (p.249) :

En Guadeloupe, quelques insurrections dues à une «fausse interprétation des mots Liberté et Egalité» (sic) furent réprimées violemment. Les luttes entre grands propriétaires, négociants, colons et mulâtres conduisirent les premiers à déclarer la guerre à la France Républicaine et à demander l’intervention anglaise. Ils gardèrent la Martinique jusqu’à la paix d’Amiens mais Victor Hughes leur arracha la Guadeloupe avec 1 150 hommes de troupe et surtout la loi d’abolition de l’esclavage du 4.2.1794 qui mit les esclaves de son côté. Les Anglais capitulèrent le 6.10. La guerre continuant, Hughes lève 2000 Noirs en 1794 et 10 000 en 1795 pour former les fameux bataillons de «sans-culottes noirs ». Certains anciens esclaves réussirent ainsi une belle promotion. Ignace, ancien charpentier marron, rallié dans les premiers jours à Hughes, devint chef de bataillon et commandant du Fort de la Victoire. Les Noirs et mulâtres formaient les 7/8 des troupes en 1802. Ils devinrent aussi les corsaires de la Guadeloupe. «Lebas et Hughes firent appel aux Noirs cultivateurs dont certains reçurent en fermage des propriétés d’émigrés. » En 1802 « Les Noirs, soldats, marins, cultivateurs, artisans, étaient devenus officiers de terre et de mer, fermiers, propriétaires, négociants ». Quant aux femmes, selon Lara: «Elles s’étaient révélées des mères, des épouses, des maîtresses de maison, des compagnes aussitôt adaptées aux situations des leurs ». En fait, la plupart des esclaves n’étant pas mariés, leur nombre étant déjà inférieur à celui des hommes avant les événements et l’armée étant nombreuse, on peut penser que beaucoup de femmes restèrent des cultivatrices. Or l’affranchissement n’avait pas apporté aux cultivateurs tout ce qu’ils en espéraient. «La colonie était dans le plus grand délabrement; les nègres égarés par le décret du 16 Pluviôse an II (4.2.1794) se refusèrent au travail, élevèrent des prétentions et se réunirent au quartier des Abymes pour les faire valoir. Victor Hughes marcha contre eux, les défit et par des exemples sévères les renferma pour toujours dans les bornes qu’il voulut bien leur assigner. Il les reconnut pour français mais rien de plus. Il substitua à l’ancienne servitude une discipline militaire dont la rigueur fut le correctif des lois révolutionnaires ». Après le départ de Hughes en 1798 leur situation empira: le général Desfourneaux autorisa les fermiers à rechercher leurs anciens travailleurs. En effet beaucoup d’affranchis ne restaient pas sur les plantations, notamment parce que leurs salaires étaient amputés d’un tiers par diverses retenues. Cependant en 1802 le capitaine général Lacrosse indisposa soldats et cultivateurs par les arrestations opérées sur les gens de couleur et il fut rembarqué. Le général de brigade Magloire Pélage, métis martiniquais, ancien esclave affranchi pour ses brillants services dans les milices coloniales, accepta le pouvoir avec un conseil provisoire pour maintenir la colonie dans la dépendance de
la France. Lacrosse écrivit à Bonaparte que Pélage avait usurpé son pouvoir.
 

 A.     – La lutte contre de rétablissement de l’esclavage (p. 250-252)

Avant même que la paix avec l’Angleterre fut signée à Amiens le 25.3.1802, le Consul Bonaparte avait décidé de rentrer en possession des riches colonies antillaises. Les plaintes des colons, le rapport de Keverseau et la constitution de Saint-Domingue qui nommait Toussaint Gouverneur à vie, comme les faux rapports de Lacrosse l’y avaient décidé. Aussi deux expéditions partent de Brest: l’une le 11.12.1801 avec 19000 hommes en direction de Saint-Domingue, l’autre le 1.4.1802 vers la Guadeloupe. Les instructions laissées à son beau-frère Leclerc, général en chef de l’expédition de Saint-Domingue font planer l’idée du rétablissement de l’esclavage. « On doit sur tous les points de la colonie faire arrêter tous les hommes en place suspects, de quelque couleur qu’ils soient et faire embarquer au même instant tous les généraux noirs, quels que soient leurs mœurs, leur patriotisme et les services qu’ils ont rendus en observant de faire passer dans leurs grades et avec l’assurance -qu’ils seront bien traités en France. Si le but politique dans la partie française de Saint-Domingue doit être de désarmer les Noirs et de les rendre cultivateurs mais libres, on doit dans la partie espagnole les désarmer également mais les remettre en esclavage.» Le sens caché de ces instructions ne se manifeste-t-il pas lorsque le Consul ajoute: «Le capitaine général ne doit souffrir aucune vacillation dans les principes de ces instructions et tout individu qui discuterait le droit des Noirs qui ont fait couler tant de sang des Blancs, sera sous un prétexte quelconque renvoyé en France, quels que soient d’ailleurs son rang et son service.» Le parti pris est clair. D’ailleurs le 20 mai 1802 une loi déclare que tes colonies françaises rendues par le traité d’Amiens, notamment la Martinique, seraient régies par les lois antérieures à 1789.  –         En Guadeloupe :

A la suite de provocations lors de l’arrivée de l’expédition de Richepanse une partie des troupes guadeloupéennes s’enfuit et donne l’alerte aux cultivateurs alors que les autres sont désarmés et jetés à bas de cale. Les forces sont inégale: 3 670 soldats du côté de Richepanse, moins de 1 000 militaires et des cultivateurs sans armes de l’autre. Malgré une résistance héroïque les Guadeloupéens seront défaits. Les femmes arrivèrent parmi les cultivateurs. Elles participèrent notamment à une des plus sérieuses batailles, celle du 12 mai. Elles apprêtaient les armes, réconfortaient les blessés et transportaient les morts sous une pluie de balles. Chantant et vociférant, elles formaient des rondes, interrompues par le cri de : «vive la mort!» On retrouve là une pratique africaine remarquée à Saint-Domingue. «Ces femmes furent sublimes. Elles fanatisaient les hommes, décuplaient leur courage, montraient autant de bravoure qu’eux et mouraient comme eux. L’une de ces femmes héroïques, la mulâtresse Solitude, allait être mère; elle participa à tous les combats au poste de Dolé; arrêtée ensuite et emprisonnée, elle fut suppliciée dès sa délivrance, le 29 novembre 1802». Ils ont attendu la naissance de l’enfant afin qu’il devienne esclave à son tour! La description des combats montre un partage des tâches, seuls les hommes se servaient des fusils. Les femmes remplissaient aussi des tâches de liaison, apportant les ordres à travers la mitraille. Une d’entre elles prévint Ignace que des troupes françaises étaient déjà arrivées à Pointe-à-Pitre alors qu’il s’y rendait. Mais les femmes jouèrent également ce rôle dans l’autre camp. Une femme de couleur informa Pélage puis Richepanse que les troupes noires s’embarquaient pour Basse-Terre.

La Noire Agathe est chargée de répandre au Port Saint-Charles la proclamation de Richepanse qui promet de conserver la liberté aux Guadeloupéens. Par ailleurs l’agence municipale (de Basse-Terre) imagina d’envoyer au Fort (Saint-Charles) la proclamation des trois magistrats (dont Richepanse) par une députation composée des mères, des épouses, et des sœurs des insurgés. Elles les suivirent et moururent avec eux: «Les femmes étaient encore plus enthousiastes dans la mort ». Déjà trois malheureuses cultivatrices de l’habitation Framger, accusées d’avoir des parents parmi les combattants, avaient été exécutées sur le rivage. 10000 Noirs furent tués. dans les combats, déportés ou fusillés, 3000 déportés en pays étranger dont tous les Noirs qui faisaient partie de la force armée au moment de l’arrivée de Richepanse, y compris les soldats qui avaient combattus avec les Français contre leurs compagnons de race. Les quatre membres du Conseil provisoire, dont Pélage, furent embarqués et emprisonnés seize mois. L’esprit de la réaction «fut porté jusqu’à frapper dans les rues, sur les places et les chemins, les nègres et les négresses et les gens de couleur qu’on y rencontrait». Un arrêté consulaire du 16.7 et un arrêté de Richepanse le 17 du même mois rétablirent «l’ancien système colonial », mot pudique pour l’esclavage. La tête des personnes réfugiées dans les bois fut mise à prix. «Il fut promis pour chacun (homme ou femme) une portugaise mais cette mesure donna lieu à de grands abus en excitant la cupidité». Et un arrêté du 6.9.1802 obligea les individus noirs ou anciennement libres, soit par leur naissance ou par affranchissement avant 1789, à présenter au préfet colonial leurs titres et patentes de liberté, afin d’être vérifiés et reconnus, et ce dans un délai de trois mois. «De 14 912 personnes déjà déclarées libres selon patentes régulières, le nombre devait tomber à 6 705 soit 8 207 redevenues esclaves». Et la terreur continua en Guadeloupe.

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