Pour la panthéonisation d’Olympe de Gouges et de Solitude

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De la Responsabilité en histoire, par Geneviève Fraisse

Posted by Christine sur mars 6, 2007

De la Responsabilité en histoire

Geneviève Fraisse, philosophe (CNRS) 

En trois morceaux de phrases, Olympe de Gouges se place à l’intérieur de l’événement historique.

Au milieu de la Révolution française, dans sa « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne », elle campe les trois repères de l’histoire des femmes en train de se faire. Voici donc trois citations : 

« L’oubli ou le mépris » des droits des femmes: ainsi vient le malheur des peuples, nous dit-elle. Qui peut construire l’avenir sur une telle absence de reconnaissance de droits au moment même où chaque être humain devient homme et citoyen »? Il n’est pas bon que les femmes soient hors de l’espace démocratique. Il y a deux lectures possibles de cette mise à l’écart : l’oubli d’un côté, le mépris de l’autre, deux versions d’une même absence dans la démocratie à venir. Inutile de décider ce qui serait le plus grave, de l’oubli ou du mépris. Dans les deux cas, les femmes sont mises hors jeu. Impossible, dit-elle. « L’administration nocturne des femmes » : ainsi vécut l’ancien régime. Ce pouvoir de traverse, ce pouvoir politique reconnu aux femmes, ce pouvoir d’influence fut la face cachée du pouvoir public de la monarchie, dit-on. Cela signifiait ne pas avoir le pouvoir politique, mais exercer du pouvoir sur ceux qui gouvernent. Et ce peut l’être encore, puisque c’est la puissance du sexe ainsi invoqué, et fantasmé, qui se répète à loisir; de l’oreiller au salon, de la chambre nocturne à la mondanité des réceptions, les images de femmes intrigantes perdurent, y compris pour notre regard rétroactif porté sur l’histoire passée.  « Monter à l’échafaud, monter à la tribune » : cette équivalence entre deux expressions publiques de la citoyenneté est nécessaire à la reconnaissance politique. L’équation entre l’échafaud et la tribune n’a plus aujourd’hui aucun avenir historique. Mais le cynisme de cet accolage de mots nous mène au coeur de la lucidité d’Olympe de Gouges : qui fait l’histoire ? qui est responsable des événements et de la marche du temps ? Celui, celle qui monte à l’échafaud, ou celui, celle, qui monte à la tribune ? Réduire la responsabilité des femmes à leur culpabilité (bonne pour l’échafaud) est une erreur historique indigne de la Révolution. En écartant le droit à la tribune, citoyenneté, gouvernement, les femmes sont privées de l’exercice de leur raison et de leur pouvoir ; elles sont surtout exclues de la vie politique et de la dynamique démocratique. Ainsi, leur faute originelle, celle d’Eve assurément, se perpétue sans leur ouvrir vraiment le champ de l’histoire. Responsables des désordres du monde, les femmes sont des coupables, sans être des actrices. Drôle de place dans la causalité historique. Ainsi, oublier, ou mépriser, les femmes engage les hommes à faire une histoire qui n’aura rien de bon. A regarder le passé, la ruse des femmes, leur « administration nocturne » se comprend comme un mécanisme de survie ou de compensation, produisant crime ou vertu sans discernement. Si on ouvre la lecture à d’autres textes que celui d’Olympe de Gouges, la répétition de la faute des femmes, de leur responsabilité négative dans le déclenchement des guerres et des révolutions est un lieu commun repérable encore aujourd’hui. Certes, il faut obtenir des droits, dit Olympe de Gouges ; il faut aussi agir dans l’histoire en train de se faire.

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